11/08/2010
Chasses olympiques | roman de Nicolas CLUZEAU
Éd. Gulf Stream | coll. Courants Noirs | mars 2010 | 268 pp. - 13,50€
Après un terrible prologue, situé en 1897, au cours duquel deux trappeurs découvrent, dans une propriété isolée du nord de la Suède, une famille sauvagement massacrée et dont il ne reste qu’un nourrisson sauvé du carnage par un magnifique renne, l’histoire reprend à Stockholm en 1912, à la veille de l’ouverture des cinquièmes Jeux olympiques. Sonia, le bébé rescapé du meurtre de sa famille, est une jeune athlète de seize ans et s’apprête à concourir au sein de l’équipe suédoise de natation féminine. Au même moment, sa grand-mère meurt après lui avoir révélé l’identité des responsables de la mort de ses parents. Sa grand-mère voudrait que Sonia se venge de la famille Swahr qu’elle accuse, mais la jeune fille refuse de conduire une vendetta quinze ans après les faits et préfère se concentrer sur les Jeux qui commencent tout juste. La disparition de celui qui est à la fois son tuteur et son entraîneur, Björn Fergüson, l’oblige à plonger dans l’histoire familiale et à poursuivre, littéralement et réciproquement, les assassins de ses parents.
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13/03/2010
Bon anniversaire | documentaire d'Emma ADBÅGE
Traduit du suédois par Sylvain Briens
Éd. Notari (Genève), coll. L'oiseau sur le rhino | janv. 2010 - 16€
Qui n'a pas rêvé étant enfant que ce soit tous les jours son anniversaire? L'auteure de ce drôle de documentaire prend la question très au sérieux et interroge les mille et un cas d'anniversaires qui sont dans la nature. Son tour du monde commence par la Suède: sacrés Suédois qui le jour de leur anniversaire disent qu'ils «remplissent l'année»… et de quoi remplit-on une année? Et pourquoi les adultes ne semblent pas toujours aussi excités et heureux que les enfants en ce jour fatidique? Pourtant certaines grandes personnes sont fêtées avec pompe et trompette («Bon anniversaire au roi!» s'exclame une passante, tandis que son compagnon pense «Bahhh!»). Et si l'on songe au règne animal - les hamsters qui ne vivent que deux ans, les libellules quelques jours ou les tortues plus que centenaires, quid de leurs anniversaires respectifs? La Suède qui en plus d'un roi a aussi quelques vénérables humains centenaires, les honore d'un télégramme (du roi justement) et d'un passage à la télé, ce que ne font pas les parents pourtant bien tentés de marquer chaque mois, voir chaque semaine de leur petite merveille de bébé! Et si l'on fêtait son anniversaire tous les jours? Imaginez les montagnes de cadeaux, la taille du gâteau, le nombre de bougies!!… et la lassitude qui s'en suivrait.
L'album illustre sur le mode humoristique toutes les situations évoquées (un grand-père refuse de souffler ses quatre-mille-cent-soixante bougies, ce qui, à un anniversaire par semaine et 52 semaines par an, lui donne en gros 80 ans). Entre réalisme et loufoquerie, le documentaire pose sur un mode décalé assez efficace la question du découpage temporel et du relativisme: nos années d'hommes sont des minutes de mouches, l'exception n'est goûteuse et désirée que parce que la règle l'est beaucoup moins. Et si l'on remplissait une année de 365 fêtes d'anniversaire on négligerait d'en conserver le souvenir dans l'album photo de la famille! Un documentaire original, et plus profond qu'en apparence.
Corinne Chiaradia (février 2010)
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06/12/2008
Sur la tête de la chèvre & La Grâce au désert | deux romans d'Aranka SIEGAL
Traduction de l'anglais par Tessa Brisac
Sur la tête de la chèvre
Éd. Gallimard jeunesse, coll. Folio junior, [EO 1981] 2003, 336 pages - 7,50€
La Grâce au désert
Éd. Gallimard jeunesse, coll. Folio junior, [E0 1987] 2003, 332 pages [ÉPUISÉ en mai 09]
À partir de 12 ans
Ces deux romans autobiographiques d'Aranka Siegal sont déjà des classiques de la littérature jeunesse, plusieurs fois réédités depuis leur première parution en 1981 aux États-Unis et en 1987 en France.
L'auteure - née en Hongrie en 1929, déportée à Auschwitz à quatorze ans - a puisé dans sa mémoire pour faire revivre la communauté juive hongroise, sa propre famille et la petite fille qu'elle était alors. Cependant, par pudeur, parce qu'elle est devenue une «autre personne» ou parce que les souvenirs sont lointains et ce monde détruit, la narratrice de l'histoire ne se prénomme pas Aranka mais Piri. Et Piri Davidowitz a dix ans lorsque les troupes hongroises envahissent le village ukrainien de Komjaty où elle est en vacances chez Babi, sa grand-mère. Le lecteur sait dès la première page que la famille Davidowitz est celle de l'auteure, et que la plupart de ses membres (père, mère, enfants…) ne survivront pas à la fin du volume. Cependant Aranka Siegal ne «profite» jamais de cet avantage (connaître la fin de l'histoire) et excelle au contraire à transcrire les événements au travers du regard de la petite Piri, ne nous livrant que ce que l'enfant perçoit et ressent alors. Ce qui rend son récit extrêmement vivant, haletant presque, et tout simplement bouleversant.
Ces deux volumes forment une «trilogie en creux» avec un troisième, jamais écrit. Ainsi Sur la tête de la chèvre décrit les années de guerre, l'antisémitisme, les humiliations, mais aussi la chaleur familiale et le combat quotidien pour éloigner l'étau qui se resserre sur les juifs hongrois. Il décrit en détails la vie dans le ghetto de Beregszasz, et le «parcage» des juifs dans une briquetterie peu avant leur déportation. Il s'arrête aux portes du train qui les mènera à Auschwitz. La Grâce au désert s'ouvre sur les dernières heures de captivité de Piri et de sa grande sœur Iboya et s'attache aux trois années d'incertitude et d'errances qui les conduiront en Suède et enfin aux États-Unis en 1948. Les camps et leur cortège d'horreur sont très peu évoqués de manière directe, mais pourtant présents dans les séquelles physiques et morales contre lesquelles se débat Piri. L'adolescente, bientôt jeune femme, en parle peu, mais «cela» vit en elle et peut la saisir à tout moment, quand une chanson, un objet, un mot ou seulement une lumière la projettent instantanément dans un autre lieu et un autre temps, bien loin de son exil suédois… L'auteure ne nous dit pas toujours ce que Piri «voit» alors, sa parole est toute en retenue. Au final, Aranka Siegal parvient à transcrire le mélange incroyable d'innocence, de naïveté, puis de lucidité, d'angoisse, de douleurs, d'irrationnel espoir et de désir de vie et d'amour qui la porta au long de ces années terribles.
Corinne Chiaradia
(première publication de l'article: 1er février 2005)
Publié dans bibliographie CAMPS DE CONCENTRATION et SHOAH, critiques Romans Ados | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : seconde guerre mondiale, shoah, hongrie, suède, exil |








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