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14/02/2010

Le Débardeur rouge | album de SEJUNG Kim

Débardeur rouge.jpgÉd. Talents Hauts, coll. Des livres pour les filles ET pour les garçons | oct. 2009 - 11,50€

Marie est une jeune femme épanouie aux formes généreuses. Le jour de son anniversaire, ses amis lui offrent un joli petit débardeur rouge. Joli, mais vraiment petit, bien trop petit pour abriter la large poitrine de Marie. Qu’à cela ne tienne! Marie se lance dans une cure d’amaigrissement qui lui permettra, pense-t-elle, de porter le débardeur rouge et ce faisant, de faire plaisir à ses amis. Elle se met à la diète (que c’est mauvais), au jogging (que c’est fatigant), elle s’éloigne des tentations et finit par s’isoler et se priver de tout ce qui lui rend la vie belle: les amis, les promenades, les gourmandises… Un jour elle met le petit débardeur rouge dans une valise et quitte Paris pour la montagne. Là, au pied d’une immense colline, qui la fait paraître soudain si petite et menue, elle sort le maudit T-shirt de sa valise et le laisse s’envoler au vent…

Une histoire toute simple et joliment illustrée qui dit sans insister, tout le mal que fait le conformisme ambiant tendance anorexique. Une solution: chantons, en cœur avec Anne Sylvestre «Elle dit je suis Gulliverte, Et je me sens bien, vous me trouvez grande certes, Je n’en disconviens, Maintenant mes petits hommes, A vous de grandir, Comptez plus que je me gomme pour pas vous ternir»…

Ariane Tapinos (février 2010)

Gulliverte, Anne Sylvestre, 1986.

13/02/2010

Pourquoi tu ne m'aimes pas ? | album de Françoise ARMENGAUD & Martine BOURRE

pourquoi tu m'aimes pas.jpgÉd. MeMo | nov. 2009 | 17€

«Pourquoi tu ne m'aimes pas?»: avec cette simple question posée par un petit renard de papier et l'aide de quinze (+ un) animaux, Françoise Armengaud et Martine Bourre dessinent un éloge de la tolérance tout en sensibilité, à destination des tout-petits.
L'astuce de l'album est que chaque face-à-face du renardeau avec un autre animal ne contient pas une réponse mais une nouvelle question que lui suggère la vision de l'autre: «Parce que je suis plus grand que toi?» dit renard face à une souris, ou «Parce que je suis libre et que tu ne l'est pas?» en regard d'un chien en laisse. Les questions renvoient aussi bien au physique du renard qu'à ses origines familiales («Parce que ma famille a squatté votre vieux terrier?» dit-il à un blaireau), son passé («Parce que j'ai dansé avec le Petit Chaperon rouge?» face au loup), à ce qu'il possède ou ce qui lui manque («Parce que tu as quelque chose que je n'ai pas?» lorsqu'il rencontre un cerf à la belle ramure… renardeau serait-il une… renarde?) Et s'il en vient à s'interroger sur sa ressemblance avec l'écureuil, il est tout prêt de rejeter son propre reflet dans une mare («Parce que tu n'es pas content d'être moi?»).

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La Grande Question | album de Wolf ERLBRUCH

grande question.jpgÉditions Être, Grande collection, 2003 – 14,50€
[aussi disponible en coll. Petit format, 2008 – 9,90€]

S'il y a bien une question qui mérite ce titre de «grande question», c'est celle-ci: pourquoi sommes-nous sur terre? Seuls les enfants et les philosophes osent encore cette question, mais chacun voit midi à sa porte et propose sa réponse au fil des pages de ce très joli livre. Pour le pilote d'avion, on est sur terre pour aller dans le ciel et «embrasser les nuages», tandis que pour le soldat, on est là pour obéir. L'aveugle est là pour faire confiance, le jardinier pour apprendre la patience. La mort enjoint l'enfant à aimer la vie. Le chien croit qu' «on est sur terre pour aboyer», même si «parfois, on hurle à la lune».

Bref, qu'on réponde par le pratique ou le poétique, chaque réponse est une incitation à tourner la page de cet album où se croisent espoir et mélancolie, humour et tendresse.

Ariane Tapinos

Première publication de l'article: décembre 2003.

 

11/02/2010

Le Cantique des carabines | roman de Xavier DEUTSCH

cantique carabines.gifÉd. Mijade (Namur) | juin 2009 | 142 pages - 7€

Ponce vient d'avoir quatorze ans. À Moio, son village natal en terre sicilienne, c'est l'âge de la majorité. Ponce «le petit» est grand aujourd'hui et pour cette raison son frère aîné Léonidas, vingt-huit ans, lui offre de l'accompagner à Catane, la grande ville où il compte bien vendre sa récolte annuelle d'oignons. Voilà donc les deux garçons juchés sur une charrette remplie d'oignons et tirée par une jument, partis pour un périple de plusieurs jours sur des routes poussiéreuses et semées d'embûches (des brigands écument les campagnes siciliennes). Léonidas est un jeune homme secret, calme et silencieux - un «taiseux» - il économise ses mots au moins autant que son jeune frère écarquille les yeux dans ce qui ressemble pour lui à un voyage initiatique. Le lecteur ne mesure pas encore à quel point ce voyage va chambouler le jeune Ponce, emporté par la résolution ferme et sans faille de son frère qui, en quelques mots et quelques jours, lui ouvrira des horizons insoupçonnés.

Le premier chamboulement – et non des moindres – intervient autour de la page 40 quand l'étrange attelage atteint… l'aire de repos d'une station-service. On croyait évoluer dans un roman «paysan» plus ou moins historique et nous voilà projetés dans une contemporanéité très déstabilisante!

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09/02/2010

Le Rire de Milo | roman d'Eglal ERRERA

Milo.jpgIllustré par Julia WAUTERS
Éd.
Actes Sud junior, coll. Cadet | oct. 2009 | 91 pp. - 6,50€

Irène a douze ans. Elle est fille unique et vit à Paris. Ses parents et elle ont pour ami un vieux monsieur, Milo, ancien libraire qui tenait boutique au Caire, en Égypte. Durant vingt ans, Milo a fait raisonner son rire tonitruant dans sa librairie cairiote, spécialisée en «histoire et en civilisation pharaoniques». Depuis qu’il est ami avec la famille d’Irène, c’est chez eux qu’il vient partager son savoir et sa bonne humeur. Et c’est le père d’Irène, passionné d’Antiquité égyptienne, qu’il régale de ses histoires. Un jour, Milo fait une mauvaise chute et, après l’hôpital, est contraint à une longue convalescence. Peu à peu, son rire s’éteint et Milo entre en dépression. Il se met alors à parler de Samir.

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L'Été des becfigues | roman d'Eglal ERRERA

été becfigues.gifIllustré par Laurent Corvaisier
Éd. Actes sud junior, coll. Les premiers romans, Cadet | sept. 2003 | 92 pages – 6€

Avec délicatesse, audace et violence parfois, Eglal Errera décrit le premier amour, profond, absolu et sensuel d'une petite fille de presque onze ans. Rebecca vit à Alexandrie, mais chaque année elle passe les trois mois de ses vacances d'été aux confins du désert, dans un lieu où les bédouins se rassemblent périodiquement. C'est ainsi que Dahoud, le jeune nomade, est devenu son compagnon de jeux, puis, peu à peu, son amour. Le roman s'ouvre sur l'attente: huit mois ont passé depuis leur dernière rencontre et aujourd'hui les bédouins vont arriver. Rebecca, cachée à l'ombre du figuier, goûte le plaisir et l'angoisse de cette attente amoureuse. Les trois premiers chapitres évoquent l'odeur, puis la voix, puis les mains de Dahoud: au fil des rencontres de cet été-là, les deux enfants s'émerveillent de leurs corps bouleversés. Dahoud est un petit garçon plein de tendresse, aux paroles d'une sagesse et d'une poésie qu'on devine ancestrales. Le père de Rebecca est inquiet, jaloux, malheureux; la mère apaisante, protectrice mais respectueuse de la nouvelle liberté de sa fille. Être femme «une fierté qu'on partage elle et moi», dit la fillette. Et le désert est là tout autour: silence, chaleur, odeurs et couleurs intenses, admirablement décrits à travers la perception aiguë de Rebecca, comme un écho de sa sensualité. Le dernier chapitre, très court, s'intitule «Le chagrin»: ces amours-là, si fulgurantes et parfaites, ne s'inscrivent pas dans la durée d'une vie.

Mireille Penaud

Première publication de l'article : octobre 2003.

 

08/02/2010

Noire lagune | roman de Charlotte BOUSQUET

Noire lagune.jpg Éd. Gulf Stream, coll. Courants noirs | janv. 2010 | 86 pp. - 13,50€

Venise, seconde partie du XVIe siècle. Quelques années après la terrible épidémie de 1775, qui dura deux ans et fit près de 50000 morts, la peste frappe à nouveau la Sérénissime. Plusieurs personnes sont retrouvées mortes dans les rues de la ville, leur cadavre portant les stigmates du fléau: pustules, bave noire à la commissure des lèvres… À quelques semaines du carnaval, les Vénitiens renouent avec la terreur engendrée par la mort noire. Mais cette peste-là est parcimonieuse et ne s’attaque qu’à quelques petites gens aux mœurs ou à la morale légères. Alors que la ville bruisse de peur et de colère, à la recherche d’un bouc émissaire, Flora, une jeune courtisane, surprend un homme masqué qui laisse derrière lui l’une des malheureuses victimes de cet étrange mal. Convaincue que cette peste est plus humaine que divine, Flora, aidée de Galeazzo, décide de découvrir la vérité.

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