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01/05/2009
L'Océan noir | album de William WILSON
Éd. Gallimard jeunesse, coll. Giboulées | avril 2009 | 15,90 €
Ni fiction, ni documentaire, ni album, ni roman, L’Océan noir est un livre hybride, métis comme son auteur franco-togolais, l’artiste William Wilson.
Autour de 18 «tentures appliquées»*, réalisées dans un atelier d’Abomey au Bénin, William Wilson mêle son histoire personnelle à celle qui lie depuis des siècles les Noirs aux Blancs. De l’arrivée des Blancs sur le continent africain aux guerres d’indépendances, des esclaves aux immigrés d’aujourd’hui, des anonymes aux personnages célèbres, L’Océan noir retrace l’histoire d’un métissage souvent violent mais porteur d’espoir, d’un «faisceau entrecroisé de relations (qui) a donné naissance à des merveilles et à des catastrophes» et qui «décrit ce que nous sommes et deviendra ce que nous en ferons».
Chacune des tentures est le point de départ d’un récit où se croisent l’intime, l’historique, le documentaire érudit et le témoignage. Chaque texte déploie, dans une langue parfaite, un moment de cette double rencontre entre l’auteur et sa propre histoire, entre les Noirs et les Blancs. L’ensemble forme un ouvrage passionnant et unique qui puise sa cohérence, au-delà de sa forme multiple (et même en miroir de cette forme) et de son sujet immense, dans la démarche quasi analytique de son auteur. «L’Océan noir est ma contribution aux mémoire éclatées du monde noir» écrit William Wilson. C’est aussi un livre qui rend compte du caractère fractionné (comme les tentures faites de plusieurs morceaux de tissus d’origines différentes) de l’histoire individuelle : «une étoffe mal taillée, malmenée et rapiécée de partout (…) à l’image du destin de chacun d’entre nous dans sa tentative de devenir un être humain, digne de ce nom».
C’est peu dire que L’Océan noir est un livre qui, bien qu’édité par Gallimard Jeunesse, s’adresse aux adultes comme aux adolescents. Il éblouira les uns comme les autres et tous y trouveront matière à réflexion, loin des clichés et des simplifications, dans une approche profonde et généreuse de cette histoire séculaire des Africains.
Ariane Tapinos (avril 2009)
* Ces tentures, ou toiles, sont fabriquées à partir de tissus appliqués (cousus) sur un autre.
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30/04/2009
Oiseaux penchés et chiens tordus | album de Jens BONNKE
Expressions toutes bêtes
Traduit et adapté de l’allemand par Violette KUBLER et Christian BRUEL
Éd. Être | mars 2009 | 18,50 €
Sur le principe connu de l’illustration au pied de la lettre d’expressions populaires imagées, ce recueil-album est très abouti. Son petit plus : la «lettre» d’origine est allemande, les expressions sont toutes animalières.
Chaque expression est donnée d’abord dans sa traduction littérale et illustrée («un oiseau penché»), accompagnée de son explication («désigne un individu pas très clair, un peu louche»), puis de son équivalente française («un drôle de zèbre») et, si l’on retourne le livre, on trouve la version originale allemande (Ein schräger Vogel – So bezeichnet man einen zwielichtigen Kerl). Cela paraît un peu lourd expliqué ainsi, mais le principe est simple, lisible et fonctionne très bien. On apprécie d’autant plus l’initiative de Christian Bruel de traduire et adapter le travail de Jens Bonnke que la langue allemande est devenue un parent pauvre du système scolaire français; en conséquence (?) les albums bilingues français/allemand sont aussi rares que… les ours dans les Pyrénées.
Histoire de tordre le cou à quelques idées reçues, on remarquera que la sagesse populaire a souvent recours aux mêmes images de chaque côté du Rhin : «un éléphant dans un magasin de porcelaine», «les rats quittent le navire», «quand le chat est sorti les souris dansent»… s’emploient à Hambourg comme à Bordeaux. Bien sûr, certaines images sont légèrement décalées: quand l’Allemand «pleure avec les loups», le Français «hurle» avec les mêmes; là où nous avons «un chat dans la gorge», nos voisins ont «une grenouille» au même endroit; de même notre «chair de poule» devient «une peau d’oie» dans le froid germanique. Une dernière, pour les enfants qui fuient la salle de bains: ils font comme le chat français à sa «toilette» ou l’allemand à sa «lessive» (sommaire, dans les deux cas).
Enfin, on pendra plaisir à découvrir des expressions totalement incongrues dans notre langue : «ficeler un ours sur quelqu’un», «donner du sucre au singe» ou encore «l’oiseau penché» et le «chien tordu» du titre… À vous de jouer et de découvrir ce que ces animaux nous disent, en vous jetant sur l’album!
Corinne Chiaradia (avril 2009)
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27/04/2009
La Joue bleue | roman d'Hélène LEROY
Illustré par Sylvie SERPRIX
Éd. Talents Hauts, coll. Livres et égaux | mars 2009 | 34 p. - 6,90 €
À l’aube de l’Humanité, Homo Sacrin Sacrin, qui a déjà conquis son territoire, décide de prendre femme. Mais dès les premiers temps de cette cohabitation, les désirs de l’un sont incompatibles avec les rêves de l’autre. Femme voudrait peindre et apprendre les langues de ses voisins, Homo Sacrin Sacrin, veut qu’elle lui prépare ses repas et se tiennent coite. Femme propose qu’ensemble, ils explorent les environs, Homo Sacrin Sacrin lui impose de rester dans leur caverne, à l’abri du monde. Femme se dresse devant Homo Sacrin Sacrin… il lui envoie un coup de poing dans la joue, et «à partir de ce moment-là, Femme a la joue bleue». Homo Sacrin Sacrin se fait soudain tendre et de cette nuit naît l’enfant qui raconte l’histoire. Et l’histoire, on la connaît… De coups en excuses, le couple s’enlise dans la violence, celle de l’homme sur la femme. Celle de la peur de l’enfant pour sa mère et pour lui-même. Un jour qu’Homo Sacrin Sacrin a été plus loin encore dans l’humiliation, Femme s’enfuit avec son enfant. Elle cherche, sans succès, de l’aide auprès de ceux qui l’entourent et finit par trouver refuge chez les Sava Sava…
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Une reine trop belle | album de Christine LAMIRAUD
Éd. Talents Hauts, coll. Des livres pour les filles ET pour les garçons | avril 2009 | 11,50 €
Dans un palais vivait une reine si belle que ceux qui l’apercevaient ne pouvaient plus la quitter des yeux. Le roi son époux, rongé par la jalousie, décida de l’enfermer dans la plus haute tour pour la soustraire aux regards de ses sujets. La reine malheureuse un soir en vint à pleurer. Une rainette la vit et décida d’exaucer son vœu : être laide pour retrouver sa liberté. Au matin, elle se réveilla transformée et put dès lors discrètement se mêler à la vie du palais. Son mari affligé découvrit sa métamorphose, pourtant la rainette l’obligea à exposer de nouveau sa reine aux regards des habitants du royaume. Passée la surprise, tous reconnurent en elle cette charmante femme si pleine d’esprit, d’intelligence et de gentillesse, qui se mêlait chaque jour à la vie de la cour. Le roi comprit sa bêtise et il en resta ainsi.
Sous la forme d’un conte classique, une histoire qui l’est beaucoup moins, sur le regard qu’on porte à la beauté et qui parfois rend aveugle aux autres qualités et sur la jalousie comme appropriation de l’autre. Christine Lamiraud a eu l’excellente idée de ne pas clore son histoire sur une pirouette qui, en rendant à la reine sa beauté, aurait atténué son propos. Ici la reine reste laide mais aimée et respectée, par son roi comme par ses sujets, pour ce qu’elle est : une femme intelligente et généreuse.
Ariane Tapinos (avril 2009)
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