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05/12/2008
Raymond rêve | album d'Anne CRAUSAZ
Éd. MeMo | septembre 2007 | 14 €
Raymond est le frère aîné d'une grande famille: né des amours de Germain et Lucette, il a des dizaines de frères qui bientôt envahissent la page. Raymond est un escargot. Et sous nos yeux ses rêves prennent forme: il se transforme bientôt en limace, en serpent sonné, en dragon, en pieuvre, en pomme chatouilleuse ou amoureuse, en extraterrestre, en fraise ou même en éléphant.
Les jolies courbes si simples de l'escargot se prêtent avec humour à toutes ces transformations. Car il suffit d'un changement de couleur, d'un déplacement léger du trait ou d'un vide opportun pour accomplir le jeu de travestissement. Raymond est toujours là, ni tout à fait le même, jamais vraiment un autre. L'idée de l'album est simplissime, sa mise en application parfaite.
Réalisé avec finesse, précision, tendresse - jusqu'au papier qui appelle la caresse - ce petit livre des métamorphoses est un vrai régal pour l'imagination, à partager sans réserve avec les tout-petits.
par Corinne Chiaradia (11 octobre 2007)
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La Porte album | album de Michel VAN ZEVEREN
Éd. Pastel | janvier 2008 | 9,50 €
Une petite fille, ou plutôt une petite cochonne, se prépare à prendre un bain. Elle sort une serviette de toilette propre, se déshabille et, avant de plonger dans l'eau, s'admire dans un miroir. Mais la porte s'ouvre: c'est maman qui vient changer bébé et… prendre un bain avec lui. Puis les deux frères vont aux toilettes (situées dans la salle de bain) à tour de rôle. Le père vient ensuite se laver les dents, maman sort du bain. Le chat entre… et enfin seule, la petite cochonne peut se plonger dans un bain bien mérité!
Dans ce va-et-vient en salle de bain, un seul mot est prononcé: LA PORTE! Et c'est la petite cochonne excédée qui l'envoie en capitales à son encombrante famille. Pas un mot, pas de texte donc, mais les regards éloquents d'une petite fille qui aspire à un peu d'intimité. C'est plein d'humour et en même temps très juste. Cette pudeur des enfants, dont les adultes font parfois si peu de cas, est croquée avec un amusement communicatif. Et quand enfin elle peut se glisser dans la baignoire, après avoir fermé la porte, la petite cochonne s'entortille dans une serviette et tire le rideau, histoire de se prémunir contre toute intrusion familiale.
par Ariane Tapinos (20 mars 2008)
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Orphée Dilo et autres contes des Balkans | Livre-CD contes en musique
Racontés par Muriel BLOCH | Illustrés par Gérard DUBOIS
Musique d’Eric SLABIAK
Éd. naïve | second semestre 2006 | 22 €
Sur les traces d’Orphée Dilo, le musicien fou des Carpates, ce très beau livre-disque nous entraîne sur les routes sinueuses des Balkans, cette «Macédoine» composée d’«un peu d’Orient, Juifs, orthodoxes,musulmans»… Terre de musique, de mélancolie et de joie, cette région du monde qui n’est ni tout à fait Europe, ni tout à fait Orient, fascine par son aptitude au bonheur mêlée à son sens du tragique. Les récits de fêtes alternent avec les histoires douloureuses. Comme dans les banquets tsiganes, la musique accompagne rires et larmes, dans ce voyage au cœur des légendes des «pays enveloppés de brouillard».
Les contes, racontés avec passion par Muriel Bloch, alternent avec les magnifiques musiques composées par Eric Slabiak, du groupe Les Yeux Noirs, et au milieu desquelles vient se nicher une chanson de Mélina Mercouri, sur une musique de Joe Dassin.
Les illustrations de Gérard Dubois sont autant de peintures dont la patine fait penser à des fresques un peu usées par le temps et les sentiments. Comble du raffinement, la maquette fait la part belle aux motifs inspirés des carreaux de ciment ou des étoffes d’Orient et concourt à faire de cet album un objet magnifique.
par Ariane Tapinos (jeudi 14 décembre 2006)
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04/12/2008
Les bibliographies de Comptines
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Compte les étoiles | roman de Loïs LOWRY
Traduit de l’américain par Agnès Desarthe.
Éd. L'École des loisirs, coll. Neuf, 1990, 228 pages – 6 €
Annemarie Johansen, dix ans, rentre de l’école en courant avec sa petite sœur Kirsti et sa meilleure amie Ellen Rosen. Elle se heurte à un soldat allemand. Nous sommes à Copenhague en 1943, et l’Occupation se fait sentir partout, dans les restrictions alimentaires et l’omniprésence des soldats. Annemarie s’inquiète, s’interroge : elle voudrait comprendre ce que lui cachent ses parents et, par-dessus tout, elle aimerait être courageuse. Mais qu’est-ce que le courage et que peut-elle faire quand même les adultes semblent avoir peur ? Une nuit, les Allemands perquisitionnent et les Johansen doivent cacher Ellen. Annemarie et sa famille vont dès lors, comme beaucoup d’autres Danois, participer au sauvetage de milliers de juifs en organisant leur fuite, par bateau, vers la Suède.
Loïs Lowry – à qui l’on doit entre autres, la série des Anastasia – raconte cet épisode édifiant de la Seconde Guerre mondiale sans grandiloquence. Elle nous fait partager le courage simple et l’humanité de tout un pays pour lequel résister aux lois anti-juives édictées par l’occupant, c’est d’abord agir en bons voisins.
Nathalie Ventax (février 2005)
03/12/2008
Le Petit Garçon étoile | album de Rachel HAUSFATER-DOUÏEB et Olivier LATYK (ill.)
Éd. Casterman, coll. Récits d'aujourd'hui, [2001] mai 2003 - 13,95 €
(À partir de 6 ans)
Un petit garçon apprend un jour qu’il est une étoile. Au début il est plutôt fier. Puis la honte vient avec le sentiment de n’être plus qu’une étoile. La peur vient aussi et le fait se cacher. Longtemps. Enfin un matin il peut sortir au grand jour. Il fait beau, mais les autres étoiles ne reviennent pas. Des mots très simples. Des images très sobres, presque naïves, jusqu’à cette double page où l’on voit un train se diriger vers l’entrée d’Auschwitz, dont la cheminée recrache des étoiles. La grande histoire vue par les yeux d’un enfant, pour mieux se mettre à la portée des jeunes lecteurs. Un livre où la poésie se mêle à l’horreur pour délivrer un message d’espérance.
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02/12/2008
Nos Zooms
Les Loups noirs | album de Béa DERU-RENARD et Neil DESMET (ill.)
Éd. Pastel, mars 2005 - 13 €
(À partir de 5 ans)
C’est une vallée où tous vivent en paix et en harmonie. Lions, cochons, renards, girafes ou poules s’entraident et s’apprécient. Hélas, deux affreux loups, Benito et Augusto espionnent les paisibles animaux et vont rapporter à leur chef, l’abominable Adolphe, que dans la vallée «toutes les couleurs sont mélangées» et «chacun fait ce qu’il veut, où il veut, quand il veut». Les loups décident donc de mettre de l’ordre dans ce mélange et déboulent dans la vallée pour «trier et ranger» : «les emplumés avec les emplumés, les tachetés avec les tachetés… Malheur à ceux qui ne sont pas d’accord». Les uns sont parqués derrière des barbelés ou envoyés dans des laboratoires, les autres expulsés. Pour les volailles, les loups construisent de grands fours dans lesquels elles sont jetées «sans espoir de retour».
Les habitants de la vallée décident de faire appel au «petit peuple de l’ombre» (tous les insectes) pour lutter contre les loups noirs. Les puces s’attaquent à leur pelage, les vers à leurs repas. Les araignées les emprisonnent de leurs toiles. «C’est la libération». Les loups sont jugés et condamnés à des travaux d’intérêt général, en accord avec leur sens de l’ordre et de la propreté : ramasser les vieux papiers, réparer les objets…
A la différence des autres albums sur le sujet (à l’exception notable de Que la bête meure de Calvo et Maus de Spiegelman), Les Loups noirs choisit la fable animalière pour nous raconter des horreurs bien humaines. Surtout, à travers cet artifice, il s’adresse à des enfants petits (à partir de cinq ans) et peut permettre d’aborder avec eux les questions de la tolérance et du métissage, mais aussi d’évoquer cette période si sombre de notre histoire. La fable pourrait être générale (comme dans L’agneau qui ne voulait pas être un mouton, de Didier Jean et Zad, chez Syros, sur la résistance), mais s’y trouvent quelques éléments assurément identifiables par des adultes et qui peuvent permettre de passer du général, du moral, à l’événement historique. On objectera que l’histoire n’a pas retenu les mêmes responsabilités pour l’un (Benito) que pour l’autre (Adolphe) et qu’Augusto (Pinochet ?) n’a pas participé aux mêmes horreurs. Mais en faisant du loup Adolphe le chef de la meute, les auteurs signifient bien que tous ne sont pas à mettre au même plan. De toutes les façons, les enfants auxquels cet ouvrage s’adresse ne seront pas en mesure d’en saisir la portée historique sans l’aide d’un adulte. À lui d’en faire une lecture juste ! Seul bémol, une image pose sans doute un problème de représentation historique : celle où l’on voit les poules qui sortent (mortes) du four, avec une auréole au-desssus de la tête… Une représentation très chrétienne de la mort pour signifier celle de millions de juifs…
Ariane Tapinos (février 2005)
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Grand-père | album de Gilles RAPAPORT
Éd. Circonflexe, 2002 - 12 €
[première publication : mars 1999]
À partir de 10 ans
L’histoire de grand-père c’est celle de tout un peuple. Celle de ces juifs venus de Pologne pour vivre en France, la patrie des droits de l’Homme. Celle des étrangers qui choisissent de défendre leur nouvelle patrie et s’engagent dans la Légion étrangère. Celle des juifs déportés parce que juifs. Celle d’un homme «battu, tondu, tatoué» («Considérez si c’est un homme…»). Celle d’un corps qui résiste quand la volonté a rendu les armes. Celle d’une question qui le hantera toujours : pourquoi a-t-il survécu quand tant d’autres sont morts ? Gilles Rapaport nous livre là une œuvre ambitieuse. Le récit d’une vie qui traverse le siècle. L’urgence de transmettre le témoignage avant que ne s’éteignent les témoins. La mise en image de la pire expérience de déshumanisation entreprise par l’homme. Les wagons à bestiaux, les coups, les hommes entassés sur des paillasses, la mort partout présente. Un livre indispensable.
Ariane Tapinos (février 2005)
Tous les prix mentionnés sur ce site le sont à titre indicatif, ils correspondent à la date de rédaction du contenu de la page.
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L’Étoile jaune | album d'Henri SØRENSEN et Carmen Agra DEEDY (ill.)
Éditions Mijade | 2003 | 11 €
À partir de 9 ans
Le roi du Danemark a-t-il, comme le dit la légende, porté l’étoile jaune en signe de protestation contre la politique des envahisseurs nazis ? A-t-il sauvé ainsi les juifs de son pays, impossibles à reconnaître parmi la population danoise qui, comme son souverain, a arboré l’étoile jaune ? Est-ce important, finalement, que cette histoire soit véridique ? Dans tous les cas, le roi du Danemark a courageusement résisté aux nazis. Le propos du livre est bien plus politique qu’il n’y paraît de prime abord. À travers l’attitude d’un homme exceptionnel, et le soutien de sa population, on comprend que la collaboration n’était pas une fatalité. Cette histoire, celle d’un Juste, n’amoindrit pas l’horreur de la Shoah. Bien au contraire, elle prouve que dans un monde où l’antisémitisme était banal, il n’en était pas moins tout à fait immoral. La résistance était possible, même si elle prenait des formes inattendues. Le récit est servi par de très belles illustrations, à la manière de peintres comme Delvaux. Le travail sur les couleurs est également à signaler : des couleurs sombres et grises quand vient l’envahisseur, la lumière qui revient quand les Danois, solidaires de la minorité juive, portent l’étoile jaune. Un livre d’histoire et d’espoir.
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